Un artisan, un commerçant ou un freelance en arrêt maladie perçoit une indemnité journalière à partir du quatrième jour d’arrêt, calculée sur la moyenne de ses revenus des trois dernières années, et plafonnée à 65,84 € bruts par jour au 1er janvier 2026. Soit un peu moins de 2 000 € par mois dans le meilleur des cas, quel que soit le revenu habituel. Et dans une situation plus fréquente qu’on ne le croit, le montant versé est de zéro.
Comment le montant se calcule
La formule est simple et peu flatteuse : l’indemnité journalière équivaut à 1/730 du revenu d’activité annuel moyen des trois années civiles qui précèdent l’arrêt, dans la limite du plafond annuel de la Sécurité sociale. Autrement dit, la moitié du revenu quotidien moyen.
Un artisan qui a déclaré 36 000 € de revenu par an sur les trois dernières années perçoit donc environ 49 € par jour. Un consultant à 90 000 € ne perçoit pas le double : il bute sur le plafond et touche les mêmes 65,84 € qu’un indépendant à 48 000 €. Ce plafonnement explique pourquoi la question de la prévoyance se pose surtout aux revenus élevés, qui ont le plus à perdre.
Le versement s’arrête après 360 jours d’indemnisation sur une période glissante de trois ans, toutes maladies confondues. Au-delà, on bascule dans d’autres dispositifs, pension d’invalidité ou affection de longue durée, qui obéissent à leurs propres règles.
Le cas où l’on cotise pour rien
C’est le point que les simulateurs en ligne escamotent. Lorsque le revenu annuel moyen des trois dernières années se situe en dessous de 10 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, l’indemnité journalière est ramenée à zéro. Pas réduite : nulle.
Qui est concerné ? Un micro-entrepreneur en démarrage, un indépendant qui exerce en complément d’un emploi salarié, quelqu’un qui reprend après une longue interruption, ou simplement une activité qui a connu deux mauvaises années. Tous versent leurs cotisations maladie sans ouvrir de droit à indemnisation. C’est légal, c’est logique dans la mécanique du système, et c’est une mauvaise surprise reçue au pire moment.
Le réflexe utile est de vérifier ce chiffre une fois par an, en même temps qu’on fait le point sur ses déclarations. Celui qui tient sa comptabilité lui-même a déjà les trois revenus sous la main, et le calcul prend deux minutes. Nos repères sur la comptabilité tenue seul rappellent ce qu’il faut suivre au fil de l’année pour ne pas découvrir ces chiffres en mars.
La carence de trois jours, et ce qu’elle représente
L’indemnisation démarre au quatrième jour. Les trois premiers jours ne sont couverts par personne, sauf contrat de prévoyance prévoyant le contraire.
Sur le papier, trois jours paraît peu. Dans la réalité d’un indépendant, la carence se cumule avec autre chose : pendant l’arrêt, l’activité ne tourne pas, mais les charges fixes continuent. Loyer du local, assurances, crédit du véhicule, abonnements, et les cotisations sociales qui se calculent sur l’année précédente. Un arrêt de trois semaines coûte donc bien davantage que les journées non indemnisées, parce qu’il faut aussi absorber les sorties de trésorerie d’un mois normal avec les recettes d’un mois vide.
C’est ce calcul qui justifie de prendre au sérieux des sujets qui ressemblent à du confort, comme l’aménagement de son poste de travail : les troubles musculosquelettiques sont la première cause d’arrêt chez ceux qui travaillent assis toute la journée, et ils se préviennent pour le prix de deux jours d’arrêt.
Les conditions à remplir, et les délais à ne pas rater
- Être affilié depuis au moins douze mois à titre obligatoire en tant que travailleur indépendant.
- Être à jour de ses cotisations maladie. Un retard de paiement suspend le droit aux indemnités.
- Faire établir l’arrêt par un médecin et le transmettre à la caisse dans les 48 heures. Au-delà, l’indemnisation peut être réduite.
- Cesser effectivement l’activité pendant la période d’arrêt, ce que les contrôles vérifient.
- Respecter les heures de sortie autorisées mentionnées sur l’avis d’arrêt.
Le délai de 48 heures est celui qu’on rate le plus souvent, parce qu’on attend d’aller mieux pour s’occuper de la paperasse. L’Assurance Maladie détaille la procédure applicable aux artisans et commerçants et les pièces attendues.
Les professions libérales ne sont pas logées à la même enseigne
Les libéraux relevant de la caisse nationale d’assurance vieillesse des professions libérales ne disposaient d’aucune indemnité journalière de base avant le 1er juillet 2021. Beaucoup avaient donc souscrit une prévoyance individuelle pour couvrir un risque que rien d’autre ne couvrait.
Depuis cette date, un dispositif d’indemnités journalières existe pour eux aussi, avec ses propres règles de calcul et de durée. Si vous exercez sous ce statut et que votre contrat de prévoyance date d’avant 2021, il y a de fortes chances qu’il fasse doublon sur une partie de la période. Une relecture avec votre assureur peut alléger la cotisation sans réduire la couverture réelle. Le choix du statut lui-même pèse sur tout ça, sujet que nous comparons dans micro-entreprise ou SASU.
Faut-il souscrire une prévoyance ?
La réponse dépend d’un seul calcul : combien de mois votre trésorerie tient-elle sans recette ? Si la réponse est six mois, la prévoyance est un confort. Si c’est trois semaines, c’est une nécessité.
Deux paramètres comptent plus que le montant de la cotisation. Le délai de franchise d’abord : un contrat qui se déclenche à partir du quatrième jour coûte nettement plus cher qu’un contrat à trente ou quatre-vingt-dix jours, et la plupart des indépendants surestiment leur besoin sur les arrêts courts. Les définitions d’incapacité ensuite : un maçon qui ne peut plus porter de charges n’est pas considéré comme inapte à toute profession, et c’est ce que certains contrats couvrent réellement. Lisez cette clause avant de comparer les prix.
Il reste une solution qui ne coûte rien : organiser la continuité. Un confrère qui reprend les urgences, une personne qui répond au téléphone, des clients prévenus à temps. C’est la même mécanique que pour prendre des vacances en freelance, à ceci près qu’un arrêt maladie ne se planifie pas et qu’il faut donc avoir préparé la chose avant d’en avoir besoin.
Un dernier point, souvent oublié : les périodes d’arrêt indemnisées sont prises en compte pour la retraite de base. Ce n’est pas une compensation, mais c’est une raison de plus pour déclarer un arrêt plutôt que de travailler malade. Notre point sur la retraite d’un entrepreneur détaille la façon dont ces trimestres se valident selon le statut.
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