Passer de micro-entreprise à société devient obligatoire après deux années civiles consécutives au-dessus des plafonds, mais la question se pose bien avant ça. Le vrai déclencheur, c’est le poids de vos charges réelles comparé à l’abattement forfaitaire du régime micro. Quand vos frais professionnels dépassent nettement cet abattement, vous payez de l’impôt sur un bénéfice que vous n’avez pas encaissé. C’est ce calcul, pas le plafond, qui décide du bon moment.
Quels seuils surveiller en 2026 ?
Trois séries de chiffres circulent et se mélangent en permanence dans les conversations. Voici comment elles se rangent.
| Seuil | Vente de marchandises | Prestations de services |
|---|---|---|
| Plafond du régime micro (2026-2028) | 203 100 € | 83 600 € |
| Franchise en base de TVA | 85 000 € | 37 500 € |
| Zone où la question se pose (environ 80 % du plafond) | ~162 000 € | ~67 000 € |
Le plafond du régime micro est le seuil de chiffre d’affaires annuel au-delà duquel vous basculez au régime réel d’imposition. Pour 2026, 2027 et 2028, il est fixé à 203 100 € pour la vente de marchandises et à 83 600 € pour les prestations de services. Un dépassement isolé ne déclenche rien : la sortie n’est actée qu’après deux années civiles consécutives au-dessus du plafond. Vous disposez donc de douze à vingt-quatre mois pour organiser la suite. La franchise en base de TVA répond à une logique différente et se déclenche beaucoup plus tôt, à 85 000 € en vente et 37 500 € en services. Perdre la franchise ne vous fait pas quitter la micro-entreprise, ça vous oblige simplement à facturer la TVA et à la déclarer. Confondre les deux fait paniquer beaucoup d’indépendants pour rien.
La TVA arrive longtemps avant le plafond
Pour un prestataire de services, la franchise tombe à 37 500 € alors que le plafond micro est à 83 600 €. Autrement dit, vous facturerez la TVA pendant des années en restant parfaitement micro-entrepreneur. Un consultant à 60 000 € de chiffre d’affaires est dans ce cas, et il n’a aucune raison de créer une société pour autant.
Cette bascule change surtout votre positionnement selon la clientèle. Face à des entreprises, elle est neutre : elles récupèrent la TVA. Face à des particuliers, votre prix affiché augmente mécaniquement, sauf à rogner votre marge. Un artisan qui travaille surtout chez des particuliers doit donc anticiper ce moment plus sérieusement qu’un prestataire en clientèle professionnelle.
Bonne nouvelle en contrepartie : vous récupérez la TVA sur vos achats, matériel et véhicule compris. Pour une activité qui investit, le calcul n’est pas toujours défavorable.
Les signaux qui n’ont rien à voir avec le chiffre d’affaires
Le régime micro applique un abattement forfaitaire pour frais professionnels : 71 % en vente, 50 % en prestations commerciales, 34 % en bénéfices non commerciaux. Vous êtes imposé sur le reste, que vos frais réels soient supérieurs ou inférieurs. C’est excellent pour un consultant sans charges, beaucoup moins pour un artisan qui achète de la matière, roule et loue un atelier.
Faites le calcul une fois par an, en fin d’exercice : additionnez vos frais professionnels réels et comparez-les au montant de l’abattement. S’ils le dépassent nettement, vous payez de l’impôt sur un bénéfice fictif. C’est le signal le plus fiable, et il n’a rien à voir avec le plafond.
Deux autres situations imposent la sortie de la micro sans discussion. La première : vous voulez vous associer, ce que la micro-entreprise ne permet pas puisqu’elle repose sur une personne physique unique. La seconde : vous avez besoin de protéger un patrimoine personnel important ou de rassurer un financeur, et une société avec un capital identifiable répond mieux à ces deux attentes. L’Adie propose une fiche pratique complète sur ce moment de bascule.
Quelle forme juridique en sortie de micro ?
Deux options dominent chez les indépendants seuls. La SASU place le président en assimilé salarié, avec une meilleure protection sociale et un bulletin de paie, mais des cotisations plus lourdes sur la rémunération. L’EURL laisse le gérant travailleur non salarié, avec des cotisations plus faibles et une protection plus légère.
Une troisième voie passe souvent inaperçue : rester en entreprise individuelle et opter pour le régime réel. Vous déduisez vos charges réelles, vous évitez la création d’une personne morale, ses statuts et ses comptes annuels. Pour un artisan qui n’a ni associé ni projet de levée de fonds, c’est parfois la réponse la plus simple. Notre comparatif micro-entreprise ou SASU pour un freelance détaille les écarts chiffrés entre ces régimes.
Quand faire la bascule dans l’année ?
Le 1er janvier, chaque fois que c’est possible. Vous clôturez une année civile complète en micro, votre société démarre sur un exercice entier, et votre comptable n’a pas à recoller deux régimes sur douze mois. À défaut, choisissez une date qui suit une fin de trimestre de TVA pour éviter de jongler avec deux déclarations en parallèle.
Évitez surtout la bascule en pleine haute saison. Un traiteur qui crée sa société en juin, un paysagiste en avril ou un loueur de matériel nautique en juillet passeront leurs soirées sur des formalités au lieu de produire.
Comment ça se passe concrètement ?
Il n’existe pas de « transformation » d’une micro-entreprise en société. Vous créez une structure nouvelle et vous cessez l’ancienne, les deux démarches se faisant sur le guichet unique des entreprises. Comptez la rédaction des statuts, le dépôt du capital sur un compte bloqué, la publication d’une annonce légale, puis le dépôt du dossier sur le portail des formalités des entreprises.
Si vous exploitez un fonds de commerce ou une clientèle identifiable, l’apport de ce fonds à la société nouvelle est une opération à part entière, avec ses conséquences fiscales. C’est le moment où l’accompagnement d’un expert-comptable coûte beaucoup moins cher que l’erreur qu’il évite.
Prévoyez aussi la mécanique administrative annexe : nouveau numéro Siret, nouvelles mentions sur vos devis et factures, mise à jour de vos contrats en cours, du compte bancaire professionnel et de votre assurance responsabilité civile.
Ce qui change au quotidien
La comptabilité, surtout. On quitte le simple registre de recettes pour une comptabilité d’engagement, avec bilan et compte de résultat. Beaucoup d’indépendants qui géraient très bien leur micro seuls délèguent à ce moment-là, et c’est raisonnable ; notre article sur la possibilité de faire sa comptabilité seul pose les limites de l’exercice.
La rémunération change aussi de nature : vous ne prenez plus le bénéfice, vous vous versez un salaire ou des dividendes, avec un arbitrage à faire chaque année. Le sujet est traité en détail dans notre guide pour se salarier en tant qu’entrepreneur. Et si le passage en société s’accompagne d’un investissement, les dispositifs recensés dans notre panorama du financement d’une TPE deviennent accessibles, là où la micro-entreprise ferme beaucoup de portes. Pour cadrer le projet avant de décider, les organismes listés dans notre article sur l’aide au business plan reçoivent aussi les dirigeants déjà installés.
- Entreprise
- Où faire imprimer ses cartes de visite : les prix réels, relevés le même jour
- Ouvrir un commerce alimentaire : l’équipement indispensable en 2026
- Plongée au cœur du métier de la prise de vue numérique
- Pourquoi choisir un avocat en tant qu’entrepreneur ?